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  • Aidan Fox

L'auto-édité, cet artiste dévoré par son commercial

Hello ! Petit billet pour vous parler d'un questionnement qui échauffe ma cervelle en ce moment.


Je vous situe le contexte : dans le chemin de vie d'un artiste, il y a plusieurs étapes que chacun suit à son rythme : la production débridée, solitaire, libre d'injonctions sociales ou même tout simplement du regard d'autrui ; les premiers pas dans le monde extérieur, timides, angoissés, sensibles ; la maturation où l'on prend confiance et on affirme ce qui fait notre originalité ; et la satisfaction où l'on regarde ce qu'on a accompli et on est fier de soi (oui cette dernière étape est totalement idéalisée et pour ma part j'ai l'impression que je ne l'atteindrai jamais). Ce n'est pas pour rien qu'on parle de "bébé" pour évoquer son oeuvre, le kaléidoscope d'émotions qu'on éprouve pour celle-ci est similaire... protection, angoisse, fierté... amour ?


Bref, il y a un an, j'étais en prise de confiance. Moins seul, des échanges encourageants avec d'autres auteurs qui sont devenus des amis, des partenariats chroniqueurs qui se mettaient en place, des premiers retours positifs, des salons clairsemés où je rencontrais mes lecteurs. La confiance m'a donné l'énergie de construire Fox, son image, sa com', bref, je l'ai introduit dans le monde littéraire en bonne et due forme. Avec succès puisque vous êtes tous les jours davantage à suivre son aventure, et je ne saurais jamais vous en remercier assez. Je suis donc passé en phase de maturation. C'est là que je suis devenu un vrai éditeur : je me suis mis à prospecter le lecteur, évaluer ses attentes, définir une stratégie média et artistique. Regarder ce qui se fait ailleurs, ce qui se vend, ce que les gens aiment. J'ai rendu mes textes plus recherchés, mes scénarios plus fluides, mes personnages plus désirables. Et j'ai obtenu la diffusion souhaitée.


Evidemment, j'en ai payé le prix... Aujourd’hui, j'ai de plus en plus de mal à me mettre à une session d'écriture. D'une part parce que ce foutu syndrome de l'imposteur, qui assassine ma légitimité à mes propres yeux quand je compare mes œuvres à d'autres, continue à me tenir tenir compagnie, d'autre part parce que répondre à la demande des lecteurs pour diffuser davantage a érodé ma créativité, et j'ai perdu le plaisir brut de la création. Et enfin parce que l'écriture est un travail long terme dont on n’apprécie les fruits qu'au bout de plusieurs mois/années, alors que la promo et la com' m'ont fait rentrer dans une logique de gratification rapide : je préfère écrire une nouvelle pour avoir un avis tout de suite, j'envoie des extraits à des bêta lecteurs avant même d'avoir rédigé la suite, je pense à ce que je peux publier sur les réseaux dans les prochaines minutes. Tout ça en consultant mes messageries et tableaux de bords amazon toutes les 3 minutes, au cas-où je pourrais y trouver une miette de satisfaction. Je fais même un billet sur ma vie plutôt que de poursuivre mon prochain roman - lol.


Au fond, le job d'éditeur grignote ma qualité d'écrivain. Le commercial effrite l'artiste. Je vis moi-même ce que j'observe dans le panorama de la malbouffe culturelle moderne : le licenciement des artistes pour faire du chiffre sur du fan service (hey salut les superproductions Disney, le suite de Star Wars ou même la fin de Game of Thrones). Bon, ça ne veut pas dire que je souhaite refuser toute remise en question pour conserver ma pureté artistique, hein ! Seulement que je cherche un bon équilibre entre le regard du public et le mien. Parce qu'écrire, c'est encore un plaisir. Et je ne veux pas que ça devienne une corvée.


Bref, j'imagine que je parcours la route que la plupart des artistes empruntent. Un brin de réussite, et on se met à penser cible plutôt que plaisir. Mais en auto-édition, c'est encore pire qu'ailleurs, parce que le mec qui te tape dessus pour que tu diffuses toujours plus largement... c'est toi.



(Le commercial de la Fox Corp est un tyran de l'espace ! Vous avez vu le nombre de salons qu'il m'a bookés pour la saison ?)





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© 2017 par Aidan Fox